Féminicide

Dernière mise à jour : 3 févr.

Féminicide blogue Manon Vincent

Lorsque j’écris le mot « féminicide » dans mon texte, Word le souligne comme une faute. Même mon logiciel de correction Antidote ne comprend pas. Pourtant moi je me souviens.

J’avais un lit antique en fonte. Ma tête en a percuté les barreaux je ne sais plus combien de fois. Au-delà de ça, le pire, c’étaient les cris et les coups au visage que ma mère encaissait. Puis les multiples humiliations. Si les blessures en surface finissent par guérir, les blessures intérieures demeurent. Pis les menaces de mort venant d’un parent, ça clash dans la tête d’une enfant. Quand tu ne vaux même pas l’amour de ton père…

Merci de ne pas m’écrire « Pauvre petite fille » en commentaire. C’est bon, j’ai grandi. Tout va bien et ma mère aura bientôt 77 ans, comme quoi on n’en meurt pas toujours. Dans la dizaine de logements de Montréal dans lesquels on a habité avec mon père, les cheaps avec des murs en carton, malgré les cris, personne n’a alerté personne. Même pas nous. Parce que la peur, ça fait figer.

Aujourd’hui, j’ai une amie proche qui est victime de violence physique et verbale depuis des années, et ce, malgré leur séparation. Il entre dans la maison, violent, frappe dans les murs, crie et menace à deux pouces de la face. Le gars souffre de maladies mentales reconnues. On l’excuse-tu ? Il me semble qu’ils en souffrent tous, à différents niveaux, dès qu’ils lèvent la main sur une femme ou un enfant.

En tout cas, c’est vrai qu’il fait vraiment peur. Malgré les menaces de mort, mon amie nous prie de ne pas agir, de peur du pire encore. Pour le connaître, effectivement, je sais que le dénoncer va juste empirer la situation. Y pourrait « virer fou » ! Je me suis tellement souvent sentie de la merde de ne rien dire alors qu’elle arrivait ici avec des bleus partout. J’ai honte, si vous saviez !

Ça fait ça la peur. Ça ne paralyse pas juste la victime, mais les gens autour aussi. Et la violence, il faut comprendre que ça n’est pas à temps plein. C’est « un coup pis c’est tout », jusqu’à la prochaine fois. La victime elle, espère que tout ira mieux et se convainc même « qu’il a été un peu moins violent que la fois d’avant ».

Pourquoi on ne bouge pas ? Parce que la victime n’est pas protégée autrement qu’en se sauvant dans un centre d’hébergement. Mon amie est séparée, a une maison, une job, une routine, et l’option de se cacher là-bas, pour elle ce n’est pas envisageable puisqu’entre deux crises, la vie continue et même que ça va plutôt bien.

Est-ce que j’ai peur de la trouver morte chez elle un jour ? Oui, sans hésitation. Pis on fait quoi avec ça ? Rien. Parce qu’il n’y a pas de réelle protection pour ces femmes. Dans le système de justice actuel, quand y a pas de sang, y a pas d’inquiétude. Et puis les années passent…

L’enfant deviendra adulte et souviendra par flashs de sa mère qui pleurait, de la peur qu’il avait quand son père la frappait, et il aura à faire son propre ménage dans tout ça, comme moi. Probablement que dans la prochaine version d’Antidote par contre, le mot féminicide ira de soi…

C’est de ça que ça parle, mon roman…

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